Mac Miller, le Kid devenu King

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Allé on reparle Hip Hop. Pour nous autres (encore) étudiants, septembre est le mois de la rentrée. Vous pouvez oublier les vacances, le soleil, la serviette de plage, le bronzage, le bodysurf à Hossegor et les apéros en terrasse avec les copains (sauf si vous habitez à Marseille). Dans cet amas de mauvaises nouvelles, qui se poursuit par la clôture des festivals estivaux, je vois chaque année deux bonnes nouvelles : D’abord, il y a la ligue 1. Ensuite qui dit rentrée dit rentrée musicale et je vous l’assure, il y a de quoi se frotter les oreilles quand on voit ce qui arrive. 

Je vous en parlais déjà lors de mon premier article sur Anderson .Paak, la scène Hip-Hop mondiale, notamment américaine, se renouvelle avec une multitude de MCs, producteurs et projets plus talentueux et éclectiques les uns que les autres. J’aurais pu vous parler du nouvel album de De La Soul, des deux albums sortis coup sur coup de Frank Ocean, de Young Thug qui pose en petite robe sur la pochette de son dernier opus et change son blase pour « No my Name is Jeffery », de Travis Scott ou encore du très bon boulot de Vince Staples sur son nouvel EP Prima Donna. Mais c’est bien Mac Miller qui a attrapé le pompon et dont on va papoter dans ce nouvel article de la catégorie Rap US. Direction Pittsburgh où tout a commencé !

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©www.richestcelebrities.org

Le commencement

Je vous présente Malcolm. Non, pas LE Malcolm qui est le personnage principal de la meilleure série du monde (selon Hans), mais bien Malcolm James McCormick aka Mac Miller (bien plus cool comme blase).

Né en 1992 à Pittsburgh, Mac est passionné de sport et de musique. Il joue du piano, de la batterie, de la guitare, de la contrebasse bref, c’est un petit orchestre à lui tout seul. Pas d’histoires extravagantes à raconter sur ce garçon lambda. Fruit d’une mère photographe et d’un père architecte, il grandit dans les quartiers paisibles de Pittsburgh. De toute façon, on est là pour parler de musique non ?

En prenant conscience de la discographie (déjà) conséquente de Mac Miller, j’ai dégagé deux grandes périodes. La première s’étend de 2008 à 2011. Elle comprend ses premières mixtapes ainsi que son premier album « Blue Slide Park ». Etant donné qu’on est au commencement, je vais m’attarder dessus et en garder sous le pied pour la suite. Je traiterai en second point de ses projets récents qui représentent mieux selon moi son univers musical.

Les premières mixtapes

Comme toute bonne future star du « Rap Game », il compose très vite ses propres sons (dès l’âge de 15 ans) et sort ses premières tracks solo sous le nom de EZ Mac avec un goût déjà prononcé pour la chansonnette sur les refrains. C’est jeune, pas parfait, mais son flow caractéristique pointe déjà le bout de son nez. Bref, ça se laisse écouter.

Eh Mac, fais gaffe, ta casquette va tomber ! Ah.. t’as pris un coup de soleil sur l’oreille c’est ça…

Son premier projet réellement abouti voit le jour en 2010. Une mixtape nommée K.I.D.S (Kickin Incredibly Dope Shit), dont le nom fait écho au film «Kids » sorti en 1995. Un film qui parle d’adolescents un peu borderline que vous n’êtes pas obligés de visionner.

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©wwwsenscritique.com

Mac s’inspire du Hip-Hop old school, et cela se ressent même sur la pochette. Sa casquette de traviole, la typographie et le magnifique boombox en bas à gauche illustrent bien ses influences principalement « Boom-Bap ». Mais c’est quoi au fait ?

Pour faire court, le Boom-Bap, c’est l’origine du Hip-Hop. Des beats lourds compris entre 80 et 92 bmp agrémentés de boucles mélodiques qui font hocher les têtes sans qu’on sache pourquoi. Le « boom » représente le  kick de la grosse caisse en batterie, et le « bap » la caisse claire. Pour vous illustrer tout ça, un petit extrait intitulé « Kool Aid Frozen Pizza ». Ne me dites pas que n’avez pas hoché la tête en l’écoutant.

Son flow rebondit parfaitement sur ce rythme ternaire d’une redoutable efficacité. Ça groove quoi !

Blue Slide Park

En 2011, Mac sort son premier album entièrement auto-produit sous le label Rostrum Records : Blue Slide Park. Le nom de l’album est simplement en référence au Frick Park de Pittsburgh, dans lequel il passait à mon avis pas mal de temps à boire de l’eau et fumer des pissenlits avec ses potes. Pour vous donner une idée de l’excentricité du personnage, voici la vidéo dans laquelle il annonce la sortie de son album, et c’est plutôt fun !

Bubble Gum ! 

Cet opus est dans l’ensemble bien reçu par son public. Preuve en est, Blue Slide Park devient le premier disque indépendant à atteindre le top des ventes américaines depuis Dogg Food, le premier album de Tha Dogg Pound sorti en 1995. Des critiques se font cependant entendre à propos d’un « manque de maturité » de la part du rappeur. Il est vrai qu’on observe une certaine redondance dans les paroles de Mac Miller : Il parle de filles, de drogue, d’argent et de réussite. Ben quoi ? Ces quatre thèmes sont surexploités par le Hip-Hop depuis un bon nombre d’années, ce qui n’empêche pas aux rappeurs de vendre leurs disques. Et si les ventes explosent, c’est qu’il y a des acheteurs…

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Les codes du gansta rap réunis en une seule photo ! © www.fandom.wikia.com

Du haut de ses 19 ans, Mac offre un premier ensemble cohérent, bien produit dans lequel des mélodies « catchy » retiennent notre attention. Certes, des morceaux tels que le tubesque Donald Trump ou encore le titre Loud (étonnant featuring avec Disiz le patriarche) ne sont pas à mon goût, mais cet album est une bonne photographie des sources de motivations/ d’inspirations de Mac à l’époque.

Note de Hans : Pour ma part, le morceau “Donald Trump” est l’un de mes préférés. C’est vraiment de la merde cet article…

“PA Nights”, mon morceau favori de l’opus. Le beat à contretemps des couplets et la nonchalance du chant sur les refrains apportent ce petit quelque chose qui place le morceau au dessus du lot.

La musique de Mac Miller

Un jour, Willa Cather a dit : “On devient naturel à force d’expérience.” Vous devez surement vous dire que je suis relou avec mes citations toutes faites, mais je suis plutôt d’accord avec ce discours qui peut s’appliquer à la musique. L’expérience engrangée par Mac Miller dans le milieu du Rap Américain l’a éloigné du chemin mainstream que beaucoup de personnes le voyaient prendre. Allez, on sort de la cour de récré qu’il partageait avec Wiz Khalifa pour passer à l’âge adulte et découvrir tout le (réel) potentiel de Mac.

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Malcolm dans son home studio, mais surtout Malcolm au naturel. On sent bien le potentiel…©www.mtv.com

La mélodie avant tout

Lors d’une sympathique interview accordée à OFIVE TV, Mac parle de son amour pour la mélodie et la chanson. Il explique qu’il n’est pas là uniquement pour « kicker » mais que le processus de composition mélodique est tout aussi important, si ce n’est plus, que le travail du flow et de la technique. Ce type n’est pas un rappeur de banlieue écorché vif. Même s’il affectionne le « boom-bap », le hip-hop est pour lui beaucoup plus qu’un moyen d’expression et de revendication. Mac compose ses morceaux avec le plaisir comme baseline sans se préoccuper de son image. Cette vision des choses lui permet par exemple d’introduire incognito le morceau « Objets in the mirror »  dans son second album, Watching Movies with The Sound Off paru en 2013. Ici, pas question de couplets techniques puisqu’il ne rappe tout simplement pas ! L’instrumentale et la chansonnette se suffisent à elles mêmes pour offrir un moment de douceur sans pour autant manquer de cohérence avec le reste de l’album.

“Objets in the Mirror” en version live. De bons musiciens, de la soul, une voix pas parfaite mais qui a le mérite d’être habitée, que demande le peuple?

J’aimerais m’attarder quelque peu sur l’album Watching Movies with The Sound Off. Auto-produit dans son intégralité, cet opus sonne pour Mac comme le passage à l’âge adulte. Dans ce second album Il garde sa fougue, sa spontanéité et une fraicheur de dingue pour proposer un projet plus « indie », expérimental et intrigant.

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“Quoi ? J’suis pas indie avec mes tattoos là ?” ©www.konbini.com

Son nom plutôt cool est un clin d’oeil à sa manière de composer, parfois, avec un film sans son dans la même pièce afin de s’imprégner d’une ambiance particulière. Mac avoue même trouver régulièrement ses sources d’inspiration dans les documentaires animaliers. À vos télécommandes ! Ruez-vous sur France 5, Chasse pêche et traditions ou AnimauxTv (qui survit depuis 1996, s’il vous plait) et matez des oiseaux et des baleines toute la journée. Au pire, vos voisins vous prendront pour un individu loufoque à tendance zoophile, au mieux vous réussirez dans le Rap Game !

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C’est sûr qu’avec un teasing pareil la chaine va battre les audiences d’Hanouna… ©www.abanda-expedition.org

Plus sérieusement, Watching Movies with The Sound Off est la prémice de son développement musical. L’album associe les éléments qui ont fait le succès de Mac avec des atmosphères plus planantes et moins « surproduites ». Les featurings sont également de qualité, à l’image de la petite bombe qui suit où notre barbe rousse préférée Action Bronson donne le « la » à nos oreilles sur deux couplets bien chiadés (#oldexpression).

Encore le naturel…Si vous observez bien la pochette de l’album, Mac est nu. Je vous laisse méditer sur la sémantique de cette image !

De l’authenticité

Quand certains réfléchissent 4, 5, 6 ans pour sortir une bouse, Malcolm fonce. Son home studio à Pittsburgh est une sorte d’auberge espagnole version fumette 3.0 dans laquelle il met en musique toute sa créativité. Je vous parle d’authenticité car ce garçon est doué pour retranscrire dans chacune de ses créations son état d’esprit actuel, sans se préoccuper du reste. On en reparlera plus tard, mais tous ses projets sont auto-produits, et il s’aide parfois de ses potes. « Je produis dans mon propre studio. Alors peu importe qui passe, je les inclus dans une chanson ». En même temps, quand celui qui passe s’appelle Schoolboy Q, Joey Badass, Earl Sweat-shirt ou Lil Wayne, facile de faire des morceaux qui en jettent !

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Mac et son pote Earl Sweatshirt du collectif OFWGKTA. Les copains d’abord ! ©mvrcuz.tumblr.com

Les deux années précédentes ont été les plus prolifiques de sa carrière. GO:OD AM, sorti en 2015, se compose de 17 tracks purement Hip-Hop dans lesquelles Mac parle de sa perception du rap game actuel et la place qu’il y occupe. Ainsi, on retrouve des petites phrases non sans importance.  Il s’exprime par exemple sur les comparaisons incessantes avec Eminem dont il fait l’objet « I’m a white rapper / They always call me shady » (Sur le morceau Brand Name). Parmi les thèmes également présents, on retient des écrits sur l’importance de ses amis, sa famille et son foyer. Fini les problèmes de drogues, d’alcool, et la pénombre des lyrics de Watching Movies with the Sound Off : Mac va bien et il le fait savoir !

Break The Law et son flow technique. Slim Shady n’est pas loin…

Et voilà qu’en l’espace d’un an à peine, le bougre tombe amoureux ! Une semaine avant la sortie de son dernier Album, The Divine Feminine, Ariana Grande officialisait sa relation avec Malcolm sur Instagram. Hasard ? Coup de com’ ? Peu importe. Ce projet sorti  le 16 septembre DÉBORDE d’amour. La soul et le jazz sont omniprésents dans l’univers sensuel de cet album qui est selon Pitchfork « le plus surprenant, concis et accompli de sa carrière ».

“We (feat Cee Lo Green)”. Un morceau à l’image de l’album dans lequel le chant n’a jamais été aussi présent !

Un goût prononcé pour la production

L’autre facette de Malcolm, c’est son kiff pour la production. Vous allez me dire « mais ce mec, il dort quand ? ». 4 albums 10 mixtapes et 4 EPs en 8 ans, ça fait un bon ratio non ? Vu que j’aime les maths, j’ai fait le calcul et ça nous donne une moyenne de 2,25 projets par an. Dans cette hyperproductivité, Malcolm produit des sons pour les autres et pour lui même sous le nom de Larry Fisherman. En général, lorsqu’un artiste devient producteur sur des projets annexes, il se défoule et en profite pour faire des choses radicalement différentes. Cette théorie s’applique en partie à Mac qui a notamment produit la mixtape « Stolon Youth » de son ami Vince Staples. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça déménage. Le son est brut et tire sur le old school, la funk, à l’image de l’extrait qui suit.

Le remake des razmoket?

Ça c’était en guise de mise en bouche. Là où on rentre dans du très lourd, c’est quand Larry produit pour lui même. Je vous le rappelle, chacun de ses albums est auto-produit. Ce qui veut dire qu’il garde la mainmise sur la direction artistique même s’il fait appel à des beat-makers prestigieux. Ses propres productions sont systématiquement dans la tracklist. Parmi ses nombreuses réussites, on compte Dang! (feat Anderson .Paak), l’un des single de son dernier album The Divine Feminine. Ce morceau est pour moi LA meilleure production de Mac Miller à ce jour (ou Larry Fisherman à force on ne sait plus trop). Enjoy !

La guitare ressemble à du Nil Rodgers et la basse sonne comme Nathan East. On croirait presque qu’il a enregistré avec la clique musicienne du dernier Daft Punk. 

L’instant « j’ouvre mon petit coeur »

Pour cette partie, j’ai tout simplement choisi le dernier morceau du dernier album et je n’ai pas fait cela par hasard. Ce son est une leçon en matière de clôture d’album. Le ending d’un opus ne doit jamais être négligé et bon nombre d’artistes ne le comprennent pas. God is Fair, Sexy, Nasty est un peu la cerise sur ce gâteau à la crème qu’est « The Divine Feminine ».

Mes attentes étaient élevées avant même d’écouter le morceau. Pour la plupart des amateurs de Hip-Hop, la présence de Kendrick Lamar sur un morceau suscite souvent une certaine excitation. Sa patte se fait ressentir dès les premières secondes grâce à un délicieux break de batterie jazzy et un piano qui n’est pas sans rappeler les instrus de « To Pimp a Butterfly » (2015). 

Ce qui est intéressant, c’est sa structure peu commune. Une succession de plans dans lesquels Mac Miller propose des couplets courts tout en technique, entourés de chants et choeurs suaves. L’ensemble se lie délicatement à l’instrumentale aquatique produite par Larry Fisherman (Mac lui même pour rappel). Bref, j’espère que ce son vous fera autant d’effet qu’à moi ! 

Je vous conseille également de prendre le temps d’écouter l’outro du morceau. Vous entendrez l’histoire d’une vielle femme et son mari. Ce discours touchant illustre et conclut les propos et la réflexion de l’album. Que du love quoi.

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Un cliché de ©nrkp3 qui m’a beaucoup plu. Je ne savais pas où l’introduire mais tenais absolument à le partager avec vous. Done!

Il est temps de conclure

Faites l’amour pas la guerre ! C’est sur cette note humoureuse que se termine l’article. Plus long que d’habitude mais plus court que prévu, j’espère que vous ne vous êtes pas endormis. En même temps, si tel est le cas vous ne lirez pas ces lignes ! Il y avait tellement à dire au sujet de Mac Miller… une rude sélection s’imposait donc et je m’excuse auprès de ceux qui ne seraient pas d’accord avec mes choix.

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©www.themaskedgorilla.com

Au fait, quand je vous disais qu’il est passionné de sport, ça ne voulait pas forcément dire qu’il est bon. La preuve avec cette délicieuse vidéo datant du 12 septembre qui met en scène le « Streetball player » Bone Collector et lui-même. Finalement, je conclurais en légendant cette vidéo par une citation de notre cher Zlatan: « D’abord je suis allé à gauche, et lui aussi. Puis je suis allé à droite, et lui aussi. Puis je suis retourné à gauche, et là, il est allé s’acheter un hot-dog. »

“Où qu’elle est la balle ?”

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Photo d’en-tête ©showboxpresents.com

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