Chance the Rapper, l’héritier (Part 2)

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La semaine dernière, vous avez pu découvrir la première partie de cet article Rap US. Si ce n’est pas le cas, je vous invite à ne pas faire vos rebelles, et à cliquer sur ce lien. C’est pas l’anarchie ici.
C’était aussi pour moi l’occasion de vous faire part de mon désarroi face au climat Parisien, que je découvre cette année. Chance the Rapper est mon seul remède à ce fléau, en attendant de m’acheter de quoi faire un chocolat chaud.
Cette semaine, on entame le 2ème round de ce combat contre la déprime, et on écoute un peu de musique au passage. Parce qu’on est quand même sur un blog qui parle de musique, bordel de merde. Chapitre 2.

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#référence

La musique de Chance the Rapper (Suite)

Acid Rap, l’émergence

Le chapitre 1 de cet article s’est brutalement arrêté en plein milieu de cette rubrique. Juste le temps de vous parler de la première mixtape de Chance, intitulée 10 Day. Une production un peu bordélique, mais qui a le mérite de nous faire découvrir son univers, celui ci étant déjà bien assumé. C’était en 2012, et la carrière de Chano commençait sur de bonnes bases.

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De bonnes bases en mode aussi ! © Bet

Une année plus tard, Chance the Rapper sort sa deuxième mixtape, Acid Rap. Encore une fois, le rappeur fait le choix du téléchargement gratuit sur internet, ce qui sera fait par plus d’1 million de radins amateurs de musique comme nous.
Avec bon nombre d’invités prestigieux, comme Action Bronson ou Ab-Soul, cette production présente un univers plus assumé, parfois même un peu psychédélique. Une création qui groove et émeut à la fois, tableau d’un optimisme sans failles malgré quelques fragilités due à la complexité et l’instabilité de la vie en général.

Une mixtape rythmée par des sentiments très éloignés, parfois au sein d’un même morceau pour un rendu assez paradoxal. Le titre Juice est mis en image par un Chano jouant avec la caméra et accompagné par quelques petits pas de danse titubants dont lui seul a le secret, mais se trouve être une façade masquant ses difficultés à rester lui-même depuis la mort de son pote Rod dans les rues de Chicago.

Non, mon remède anti-dépression pendant l’hiver arctique de Paris n’est pas un artiste qui cache ses faiblesses derrière un masque. Il apporte simplement une interprétation nouvelle aux maux de la vie.
Ainsi, avant de clore sa production de bien belle manière avec Everything’s Good, que je vous ai présenté dans le chapitre 1, il célèbre l’amour avec passion dans un interlude That’s Love revigorant.

À noter également la présence d’un morceau venu d’un autre monde. Chance et Action Bronson se sont lâchés sur NaNa, et ça donne un résultat complètement con. Attention, rien à voir avec le manque d’inspiration passager de PNL, ici c’est du grand n’importe quoi réalisé avec talent. Entre deux spaces cookies, les artistes ont gratté 3 couplets que mon piètre niveau d’anglais ne me permet pas de comprendre, et pour les refrains, je crois que le plus simple est de vous laisser écouter.

“Na na nana na…”

Chance the Rapper a composé une mixtape qui lui ressemble. Une audace récompensée par plusieurs nominations parmi les 50 meilleurs albums de l’année par des magazines tels que Rolling Stone, Pitchfork ou Complex. Une certaine forme de reconnaissance, qui ne remet pas en cause le nindô de l’artiste.

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Les lunettes de Naruto, le nindô… Coïncidence ? © Red Eye

Surf, juste entre copains

Le seul véritable album de Chance the Rapper à ce jour n’est pas uniquement de sa réalisation. Surf a en effet été écrit en collaboration avec son collectif The Social Experiment (SoX pour les intimes, dédicace à Chicago) et Donnie Trumpet. Ce dernier avait déjà travaillé avec Chance et son pote Vic Mensa sur le morceau Zion, pour un bien beau résultat aux inspirations diverses, dont j’aurais aimé qu’il se prolonge au delà des 2min30 qu’ils nous offrent.

On découvre dans cet extrait le flow de Chano associé à la trompette, mais aussi tout au long de l’album Surf. Cette production se veut assez expérimentale, dans un style jazzy et bohème. On a même du mal à reconnaitre le rappeur de Chicago lorsqu’il accompagne le petit orchestre, ce qui démontre une dextérité et une polyvalence remarquables.
Son univers décalé ne se trouve cependant jamais très loin, la preuve avec Wanna Be Cool. Spoiler : tous les atomes de vos corps vont se mettre à groover à l’écoute de ce titre.

On retrouve également dans cet album des titres qui attisent notre curiosité, comme l’entracte musicale Nothing Came To Me. La trompette en est la principale protagoniste, et Cara Delevingne se charge d’y mettre un visage dessus. À titre de rappel, ce qui est important dans la vidéo qui suit c’est la musique, pas la fille. Bande de coquins.

Surf nous propose aussi de découvrir des morceaux intéressants de part leur complexité. Le son Windows me vient à l’esprit, ce dernier étant riche de nombreux sons superposés pour un rendu progressif et homogène. Une composition inspirée par ce moment de questionnement qu’a vécu Chano avant la naissance de sa fille, celui-ci réalisant qu’il allait devenir père et se demandant comment expliquer ce monde inexplicable à son enfant.

Je dois avouer que j’ai été très surpris par cette création. Je devais avoir une sorte de préjugé négatif sur un album qui n’avait pas franchement fait couler d’encre, comme si c’était un argument valable. Cette production est belle, simplement belle. Elle est dans l’émotion, dans la vibration, dans l’instrument, dans les tripes quoi. Un projet humble et artistique, joliment mené par Chano et sa bande de potes.

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La bande de potes au complet. Je tiens à faire une petite dédicace au petit ours sur le pull de Chano. © AV Club

Coloring Book (ou Chance 3), la consécration

Le moment est venu d’aborder l’actualité. Chance the Rapper a sorti sa dernière mixtape, Coloring Book, en mai dernier. Vous me ferez remarquer que j’ai une définition du mot « actualité » un peu laxiste et qu’il est un peu con de l’utiliser dans ce cas. Je vous répondrai que cela dépend du point de vue. La réponse qui convient à toutes les questions, mais ça vous apprendra kritiquer les copains.
Passons, car il y a beaucoup de choses à dire sur cette création. Vraiment beaucoup. C’est pour ça qu’on a choisi de diviser cet article en 2 parties, on pense à votre confort de lecture. Malin.

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Malgré ça, j’ai tout de même dû sélectionner quelques éléments pour ne pas vous présenter un simple listing de la production. Mon premier conseil sera donc d’aller découvrir dans son intégralité Coloring Book, après avoir fini de lire cet article, cela va de soi !

La mixtape s’ouvre sur le morceau All We Got. Je l’avais initialement choisi pour figurer dans la partie « J’ouvre mon petit coeur », mais j’ai changé d’avis après une dernière écoute. Les températures nordistes me rendent capricieux. Ce son n’en reste pas moins un pur produit de Chicago, comme on les aime. Chano est accompagné par le Chicago Children’s Choir dans ce morceau qui mêle trap et sonorité jazzy. L’auto-tune de Kanye West vient ajouter au refrain l’énergie qu’il manquait pour proposer un rendu avec très peu de défauts à mon humble avis.

Juste en suivant, Chance se lâche avec ses potes Lil’ Wayne et Pusha T sur le beat de No Problem, véritable tube de cette mixtape. Le trio nous a proposé un live complètement barré au The Ellen Show. Petite salopette et déhanché au point, on est prêt à bouger le popotin.

Cette mixtape est aussi l’occasion de découvrir Chance the Rapper dans un registre mêlant hip-hop, électro et folk. Il fait appel à Francis & The Lights pour produire un son planant, doux et rythmé à la fois, sur lequel il dépose délicatement son flow. Francis l’accompagne également avec un phrasé auto-tuné en fond, tandis que Jeremih est présent sur le troisième couplet dans un registre crooner qu’il maitrise et qui a fait son succès. Un morceau qui me fait penser au travail réalisé par le groupe Bon Iver.

Le rappeur de Chicago offre également un court entracte musical à D.R.A.M, le temps pour lui de chanter D.R.A.M Sings Special. Une petite chanson pleine d’amour et de délicatesse, qui nous replonge dans le monde des bisounours. Le morceau parfait pour ceux qui n’auraient pas le moral après avoir raté le cake aux raisins secs que vous avez passé l’après-midi à préparer pour faire plaisir à vos potes.
L’instant motivation : N’oubliez pas, vous êtes spéciaux. Pas forcément de la manière que vous vouliez, mais vous êtes spéciaux. Coeur coeur love.

Tous en coeur !

Les mauvaises langues diront que j’ai simplement pris les 4 premiers morceaux de la mixtape. C’est vrai, mais je l’ai pas fait exprès, promis.
Il est important de noter que cette création arrive à un moment charnière dans la vie de Chance the Rapper. Il a en effet décidé depuis peu d’arrêter les conneries pour se convertir à la religion chrétienne. Cette mixtape découle donc d’un processus de création fortement influencé par sa foi forte et nouvelle. Cela a eu quelques conséquences dans l’écriture des chansons, visibles notamment par une forte présence de l’univers gospel et par les thématiques religieuses qu’il aborde avec parcimonie.

Dans How Great, les coeurs et les voix féminines omniprésentes mettent en musique cette foi. Les influences hip-hop ne sont jamais très loin, un auto-tune accompagnant le chorus en fond sonore avant que Chance ne reprenne ses bonnes vieilles habitudes. Le gospel introduit ce morceau de bien belle manière, pour un magnifique résultat.

Je crois pouvoir affirmer sans prendre trop de risque que le rappeur de Chicago a passé un cap avec cette mixtape. Coloring Book fût acclamé par la presse, et très bien noté par les références Américaines. Le magazine Pitchfork l’a même qualifié de « l’un des albums rap les plus puissants de cette année ». Aussi apparu sous le nom de Chance 3, cette mixtape est une oeuvre magnifique, un doux mélange de hip-hop et de gospel qui comblera les déçus de The Life Of Pablo.

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© The Emory Wheel

L’instant « j’ouvre mon petit coeur »

Comme je vous le disais, j’ai modifié au dernier moment mon plan pour cette partie suite à une dernière écoute de Coloring Book. Placé en dernière position dans la mixtape, le titre suivant clôture de bien belle manière une oeuvre riche et sincère.

En suivant la logique de l’album, cette outro est très inspirée de la religion chrétienne. J’espère d’ailleurs qu’aucun amalgame ne serait fait à ce propos. Que l’on partage les convictions de Chance ou pas, là n’est pas la question. L’essentiel se situe dans l’interprétation qu’il nous livre, dans sa musique. Je ne suis pas chrétien, mais je ne peux ignorer la beauté des chants gospels des églises afro-américaines, ni le message d’espoir qu’ils nous font passer. C’est la même logique ici.

Dans la vidéo qui suit, Chance the Rapper interprète en live le morceau Blessings sur le plateau de Jimmy Fallon, accompagné de Ty Dolla $ign, D.R.A.M, Anthony Hamilton et le sophomore Raury. Ensemble, ils forment un chorus qui ne fait que sublimer cet hymne plein d’espoir. À regarder jusqu’à la fin, naturellement.

Blessings est l’expression même de la foi de Chance the Rapper, en musique. Le premier couplet est presque parlé, l’artiste souhaitant faire passer un message, alors que le refrain est chanté sur un air gospel, bien représenté tout au long de cette mixtape.
Bon nombre d’éléments sont présents dans ce morceau, et viennent colorer un tableau représentatif de la vie du rappeur. Les références à sa femme et sa fille, l’influence de Kanye West, le souvenir des projets passés et la perspective de ceux à venir sont autant d’hommages à l’environnement qui l’entoure. Tout cela sur fond d’un monde de paix imaginé par ses soins, dont l’utopie se discute.

Dans cette chanson, la religion sert de liant métaphorique, une forme universelle d’expression. Que cela nous touche ou pas, on ne peut s’empêcher de sourire pendant la répétition de l’excipit « Are you ready for your blessings, are you ready for your miracle ». Et c’est bien là l’essentiel.

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© wpid

Il est temps de conclure (pour de vrai)

Pfiou, que d’émotions. Il est temps de conclure cet article, pour de vrai cette fois, écrit de bout en bout sous cette grisaille de merde qui s’est visiblement installée jusqu’à mi-avril prochain. Un article en 2 parties qui, je l’espère, vous aura permis de découvrir ou de mieux connaitre Chance the Rappeur, valeur montante de la scène hip-hop Américaine.

J’ai peut être présenté son oeuvre de manière un peu naïve, en essayant de mettre des mots sur sa musique. Rien ne remplacera une écoute complète de sa discographie, ce que chacun peut faire, mon rôle étant ici de vous donner envie de vous faire votre propre opinion sur cet artiste.
Il reste néanmoins un remède puissant aux maux du quotidien, le genre de musique à prescrire sur ordonnance. Avec une petite dose journalière, l’hiver n’est finalement pas si terrible.

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© Billboard

Chance the Rapper n’est pas, comme il s’auto-décrit, un simple rappeur. Il est un artiste à part entière, engagé, curieux et éclectique, certainement l’un des plus doué de cette génération, de notre génération. Il est un personnage surprenant, comme peut l’être Anderson .Paak dans un style différent, mais n’oublie pas la recette de la simplicité. Chance possède une certaine maturité pour son âge, et a fait le choix de rester un personnage humble, suivant ses convictions et ses valeurs avec optimisme. Il a réussi à légitimer sa personnalité et son style si atypique sans l’imposer, à la made in Chano.

En écrivant ses dernières lignes, j’essaie d’imaginer ce qu’il pourrait faire après sa carrière de rappeur. Il est encore bien jeune, mais j’ai bien une petite idée. J’espère un jour pouvoir connaitre le Pape Chance, 1er du nom. Ça va groover dans la paroisse du Vatican, c’est une certitude.

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Vous remarquerez que je n’ai pas mis 2h à faire mon montage photo.

La photo d’en-tête est empruntée à © ootlyfe ! Et vous pouvez nous rejoindre surFacebook et Instagram, histoire de nous encourager kwa.

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