On y était : Pointu Festival 2017

Il faut le dire, l’été, pour les sorties d’albums… c’est pas terrible. Beaucoup de groupes sont occupés en festivals, enchainant les big stages avec leur tour bus et en faisant faire des circle pit à la foule. Cool non ? Etant donné que je n’avais pas grand chose à me mettre sous la dent, je me suis dit que cette période serait l’occasion pour moi d’aborder le blog d’une toute autre manière : être un peu plus dans les faits que dans l’analyse, faire un peu de terrain plutôt que du bureau. Me voici parti ce samedi 8 juillet sur l’île du Gaou pour le premier jour du Pointu Festival. Un évènement de la scène indé française qui risque de devenir incontournable au même titre que le This is Not A love Song Festival ou le Yeah Festival. Voici le premier volet d’une saga « On y était »  qui, je l’espère, deviendra aussi intéressante et populaire que les 12 albums sortis en 7 ans de King Gizzard and Lizard Wizard.

Le commencement

Samedi 18h, je décolle d’Aix-en-Provence pour le Pointu Festival. Situé à Six-Fours les Plages, petite commune balnéaire du Var entre Toulon et Marseille, le festival jouit d’un emplacement incroyable, l’île du petit Gaou. Ci-dessous un aperçu du cadre. C’est vrai que ça fait carte postale.

On se baigne ou on va aux concerts ? La grande scène est montée dans ce rectangle sablonneux sur la presqu’île centrale.

Le pointu Festival, c’est quoi ?

Et bien c’est un festival né en 2015 qui se voit renouvelé pour une 3ème édition, avec à chaque fois une programmation inédite et plutôt alléchante. Le Pointu Festival constitue un renouveau par le retour de la musique au Gaou après l’extinction du célèbre évènement Les Voix du Gaou, mastodonte dont le règne à duré 17 ans.

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Le line up de la dernière édition en 2014

Un retour de la musique certes, mais nettement moins commercial (n’en déplaise à certains). Le public cible est beaucoup moins important, et le budget aussi, le cachet des groupes indé étant généralement bien inférieur aux autres. À titre indicatif, le coût cachet de la première édition en 2015 s’élevait à environ 75 000 euros.

Pour la dernière des Voix du Gaou en 2014, c’était cinq fois plus… 
Le Pointu Festival est un évènement organisé par la commune de Six Fours et bénéficie donc des subventions de son prédécesseur. La belle affaire ! 

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Un aperçu de la scène au couché du soleil

Cela m’amène à l’un des gros points forts de ce Festival : sa gratuité ! Initialement positionné aux alentours de la fête de la musique pour ses deux premières éditions, le changement de date de 2017 n’a rien changé à la politique des organisateurs. Un festival indie & gratuit (dans la limite des places disponibles.)

De nos jours il est rare de trouver dans le département du Var, en région PACA -qui plus est en pleine saison- des évènements culturels de qualité accessibles et ouverts à tous.

Comprenez. Les groupes ne vendent plus de CD, et vivent de plus en plus du live. Il est donc appréciable à l’heure du développement massif de l’évènementiel que le porte monnaie soit un peu mis de côté. Je mélange un peu tout mais rappelons que le 1% du budget de l’Etat dédié à la culture chez nous, alors autant en profiter avant que ça disparaisse.

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Joli cliché des suédois de Goat lors de l’édition 2016 du Pointu Festival

Au programme de ce premier jour, il y avait du très lourd. Un échauffement avec The Spitters, du chill out avec Kurt Vile The Violators, le mur du son brisé par RIDE puis la 3ème mi-temps d’Hanni El Khatib. Ces groupes s’apprêtaient à retourner le 83 le temps d’un soir, je m’attendais donc à des prestations plus ou moins chiadées.

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Affiche 2017

La musique du Pointu Festival

Ce soir au Pointu Festival il y avait 4 groupes. 4 groupes que je n’ai jamais vu en live. Et à part RIDE donc je ponce les CDs depuis quelques années, c’est la quasi-découverte.

19h30 : The Spitters

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The Spitters peu avant leur entrée sur scène. ©Gaelle Beri Photography

Manque de bol, l’île du Gaou n’est pas le site le plus accessible monde. Venir en voiture c’est possible, mais il faut s’y prendre à l’avance. Autant vous dire qu’après une journée de boulot difficile d’arriver à l’heure après 30 min passées à chercher une place…finalement à 3 km du site !

Résultat, je rate The Spitters, seul représentant local des deux jours. Ce quatuor natif de Toulon est signé sous Death To Major Records. Un label toulonnais dont je vous partage le bandcamp sur lequel on peut lire en guise de bio :

Label Kamikaze. Au lieu de te suicider en jetant ton avion sur la baraque de Pascal Nègre ou finir en taule pour le génocide des lecteurs de rock & folk, écoute nos groupes.

Kamikaze label

Ça c’est du rock.

Sans même avoir vu The Spitters, je peux vous dire que leur prestation valait le déplacement. Au fil des discussions, j’entendais des adjectives en gradation tel que « cool » « top » « dynamique » et « super efficace » avant de terminer par un « ça cogne sévère ». Alors ce n’est pas parce que je manqué le live que je ne peux pas vous faire découvrir ce groupe. Attention, ça crache. En même temps, quand on s’appel The Spitters…

20h30 : Kurt Vile

Kurt Vile c’est le songwritter au songwritting psyché-folk soigné. Successeur de Neil Young et Nick Cave, il est l’un des membres fondateur du très bon groupe War On Drugs qu’il quitte en 2009 pour se consacrer pleinement à sa carrière solo -qu’il avait entamer avant- chez Matador Records.

Sa musique sent bon l’Amérique nasillarde, les tambourins et la reverb pop psychédélique. C’est accompagné de ses musiciens – camarade de scène du nom de The Violators – qu’il arrive sur scène, caché derrière sa tignasse et affublé d’une chemise à carreau canadienne.

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©baptistebalay

Trainant ces premiers morceaux à la guitare acoustique, Kurt Vile troque sa caisse de résonance pour l’électrique à la moitié du set, soit 30 min de jeux. Le set devient alors plus péchu et sort le public de d’une léthargie naissante tout à fait logique après quelques pintes de bières et un bon repas.

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©baptistebalay

Kurt Vile fait alors du Kurt Vile. Logique non ? Il enchaine les sons et densifie son set grâce aux tubes de son dernier album. Il fait partie des artistes qui se trouvent là où on les attend. Le son est propre, la prestations est carrée, et il brise parfois la monotonie de sa voix avec des petits cris (Youh!) comme à son habitude. Un concert Pointu Festival au bien sympathique parfait pour le début de soirée !

22h00 : Ride

Il y a quelques mois, alors que j’écrivais un article sur le shoegaze, je mentionnais RIDE en référence ultime. J’étais loin de me douter que j’allais les voir cette année et même dans ma vie. Si vous avez lu cet article vous savez à quel point j’aime ce groupe.

Lannoy Point, extrait de leur dernier album Weather Diaries (2017) 

Je me méfie toujours des reformations. Très déçu de Slowdive il y a deux ans – qui jouait au Pointu Festival le lendemain – j’avais peur qu’une malédiction plane sur le shoegaze et frappe ce soir RIDE.

Heureusement j’ai très vite ravalé mais pensées négatives pour voir un de mes meilleurs concerts de l’année. Un premier morceau lent et mou précéda une vague d’excellents titres jusqu’à l’ultime coup de cymbale sonnant la fin du set.
Comme si le groupe s’était dit « Ok les gars, on va se jouer une ballade et s’en débarrasser en début de set pour rentrer dans les clous, mais après on avoine ».

Dès le deuxième le titre, RIDE tient le public par l’énergie qu’il dégage, non pas visuelle, mais sonore. Les titres s’enchainent et la prestation s’équilibre entre anciens morceaux (Left Them All Behind, Vapour Trail) et des titres issus du dernier album ( Charm Assault, All I want, Cali…)

Sur scène la musique de RIDE est fascinante pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, RIDE est adepte du wall of noise comme tout bon groupe de shoegaze. Et même si le leur est moins bruitiste on ressent ses vibrations physiquement. Les guitares et la basse constituent la base fondamentale de ce mur qui tourne en boucle. Faire un morceau de 7 minutes avec 3 accords, ça ne les dérange pas !
  • La batterie est un autre point fort du groupe. Loz Colbert possède un jeu particulier dans lequel il utilise le break comme base rythmique, donnant ainsi des patterns très riches. Maître incontesté de son instrument, Loz s’amuse même à changer/inverser ses mains en plein morceau et ce tout au long de ce concert. Bluffant.
  • Pour finir, RIDE ne serait rien sans ses voix. Celles-ci n’ont pas pris une RIDE. Ce sont elles qui donnent du goût et du sens à leur musique shoegaze et leur nom de groupe, traduisez « balade ».

Que dire de la prestation de RIDE, à part que c’était une claque sonore ? J’étais venu en grande partie pour eux. Je repars conquis. Le concert se termine sur une délicieuse symphonie saturée.

Ending du concert pris avec mon smartphone. À voir en vrai ! Par manque de temps je n’ai pas pu l’importer en HD, mais ça va venir. 

23h30 : Hanni El Khatib

Hanni El Khatib est le beau boss du garage rock indé depuis 2011, année de sortie de son premier album. À l’époque, il concurrençait les Black Keys – avec qui il partage quelques caractéristiques dans le son comme dans la voix – et se retrouve à 30 ans collé l’étiquette de nouvelle pépite du garage indé. Les années ont passées et Hanni El Khabib a exploré maintes pistes en quatre albums.

Sur son dernier, Hanni El Khatib chante parfois la rage. Une rage lié à ses origines israélo-phillipaine.
« I was born brown » hurle-t-il dès le premier morceau du concert. Ce son garage issu du dernier opus Savage Times (2017) est étonnement soutenu par un kick au tempo hardteck diablement d’efficace. Le ton est donné, le concert s’annonce survolté. 

Avec Hanni El Khatib, j’ai mis mon cerveau en off pendant une heure. Les musique s’enchainent à une vitesse et une énergie folle. Brut dans sa gestuelle comme dans la musique, il mêle anciens et nouveaux titres dont certains font à peine plus de 2 minutes. Qu’importe, c’est ça l’esprit garage.

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Hanni El Khatib shooté par © Gaelle Beri Photography dans les coulisses du Pointu Festival www.gaelleberi.com  Malheureusement les lumières, le manque de matériel et le temps ne m’ont pas permis de prendre de bonne photos durant ce concert.

Parmi les titres joués, les confidentiels – Skinny little girl, All black, … – mais également des “tubes” – You Rascal You, Dead Wrong, … – sans oublier Two Brothers pour conclure un set bien ficelé et résolument rock. La pluie pointe le bout de son nez, les enceintes crachent mais Hanni El Khatib keep the music playing. Il relève sa mèche et salue le public pour un rappel en solo devant une foule dense de près de 4000 personnes.

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©baptistebalay

Dans l’ensemble, le line up et les prestations furent d’une grande qualité, d’autant plus pour un évènement entièrement gratuit. La musique c’est bien, mais le lieu et le cadre influence énormément l’atmosphère générale. Petit tour d’horizon sur le mood de la soirée !

Et sinon l’ambiance ?

Arrivé un peu tard pour sentir l’ambiance d’avant concert, je m’en vais tel Vianney avec de beaux souvenirs de cette soirée au bord de l’eau et dans le sable. L’ambiance y était chaleureuse, sans quelconque prise de tête. Des grands, des moins grands, des vieux, des moins vieux, en famille ou entre amis, le Pointu Festival semble mettre tout le monde d’accord. On y vient décontracte et on repart encore plus décontracte (et un peu fatigué).

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Punk, mais déconctracté ! ©Gaelle Beri Photography www.gaelleberi.com

Côté logistique, le festival est sans fioriture et laisse parfaitement s’exprimer le cadre. La gastronomie locale est mise à l’honneur avec La Bière de la Rade, et le restaurant Six-Fournais Les têtes d’ail. qui assurent tout deux boissons et restauration.

Un bar, un point restauration, un stand de merchandising et une scène. On ne se perd pas au Pointu Festival et c’est tant mieux. Le chemin pour arriver jusqu’à la scène est atypique car assez sombre. En effet, cette dernière est totalement séparée du reste des infrastructures, ce qui au final se révèle agréable. Un petit footing pout aller chercher une bière, ça vous tente ?

Outre les problèmes d’accès le seul bémol est le manque de poubelles. Cela peut paraitre anodin mais sur un site préservé comme l’île du Gaou, deux jours de festival peuvent vite se faire ressentir. Les verres sont consignés (normal) mais on ne sait pas ou jeter ses papiers et mégots de cigarettes (rappelons que fumer c’est mal).

Pour tous ceux qui ne connaissait pas cette manifestation, je peux dire que l’organisation du Pointu Festival est optimale, j’attends de revenir l’année prochaine pour voir si elle sera au même niveau, mais je n’en doute pas une seconde.

Il est temps de conclure

Cet article était le premier d’une longue série je l’espère. Il était l’occasion d’aborder la section musique du Melting Potes d’une toute autre manière. Le but est de développer le dispositif dans les mois à venir pour proposer une sorte de live report et de vous partager en “presque direct” nos coups de coeur et découverte musicales.

Le grand absent de cette soirée est assurément l’appareil photo qui m’aurait facilité la tâche et permis de mieux rendre compte de l’ambiance de ce chouette festival.
Enfin, débuter par un évènement comme le Pointu Festival me paraissait logique. Il est une mise à l’honneur de l’esprit DIY, tout comme Le Melting Potes.

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Si ça c’est pas du DIY ! On plaint la personne qui a minutieusement écrit le line up à la main au dos de chaque carte postale. ©baptistebalay

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