And Justice For All

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L’histoire de cet article Pop-Rock commence par un grand tri de mes affaires personnelles, lorsqu’une antiquité me tomba dessus : un iPod Nano de l’année 2005 ! Très vite, je m’empresse de le brancher sur la prise la plus proche pour vérifier qu’il fonctionne.
Hallelujah ! En à peine 2 minutes, je replonge dans mes années #collège #lycée avec leurs lots de teenage bands et de pépites oubliées. Après quelques écoutes, je tombe sur « Cross » (†), le premier album de Justice, sorti en 2007.
À l’époque, je me la jouais Steve Jobs en pensant que c’était une révolution, et on en était pas loin. Que sont-il devenus ? Délaissé par ma discothèque depuis pas mal de temps, je me jette sur Spotify et tombe sur leur nouvel album. J’avais là mon nouveau sujet.

Avec un titre d’article comme ça, on aurait pu parler de Metallica et leur dernier opus, mais nous allons parler de « Woman » qui sort tout droit des 80’s. Oui j’adore les années 80, mais non je n’aime pas pour autant Indochine. Let’s go !

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Xavier et Gaspard Lalalalalalalala ! ©: Jean-Baptiste Mondino

Le commencement

Une rencontre

Justice c’est qui ? Derrière ce nom de groupe un poil prétentieux se cache un duo français composé de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé.
Deux types qui se sont rencontrés en 2002 dans une soirée arrosée où l’on s’amusait, entre autres, à cracher de la bière sur les cheveux des gens. Gaspard est graphiste, il bosse pour la marque Sixpack (assez in à l’époque). Xavier, quant à lui, étudie en école d’art. Le microcosme Parisien a donc logiquement fait son boulot et provoqué leur rencontre.

Avec Ed Banger Records…

Personnifié en la personne de Pedro Winter, aka Busy P, Ed Banger records est LE label de French Touch ultra productif. Dj Medhi, Mr Oizo, Cassius, Mr Flash, Dj Pone ; les références ne manquent pas à Pedro, également ex-manager des Daft Punk (rien que ça), pour peser dans le game.
Et comme par hasard, il fait la rencontre de Justice chez un ami à l’occasion d’une soirée raclette. Non mais sérieusement ? Le lendemain ou presque, les deux gaillards à la croix signaient sur le plus prestigieux label de musique électronique français. Et c’est là que les choses sérieuses débutent. 

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Busy B au centre (merci la casquette), entouré de ses deux protégés ©: nightvisionsradio.com

A cross across the universe

On ne va pas se mentir, pour la génération 90/95 , qui était donc au collège/lycée vers 2007, Justice n’est ni synonyme de Thémis, et encore moins de balance ou de glaive. Non, pour cette génération, Justice c’est une croix, noire de préférence, mais c’est surtout un titre : D.A.N.C.E.

N.B : Dans cette situation, il y a plusieurs cas :
N°1 : Vous êtes gavés de cette chanson, et ça fait 10 000 fois que vous l’écoutez,
N°2 : Ça vous rappelle de bons souvenirs,
N°3 : 10 ans que vous cherchez désespérément à acheter chacun des tee-shirts trop cool de cette vidéo.

Nous sommes donc en 2007, et D.A.N.C.E devient l’hymne des jeunes branchés. Un succès international pointe le bout de son nez grâce à un premier album retentissant. Électronique, brut, rock, et saturé, on ne le nomme pas mais le visualise sous le sigle “†” (que le public a rapidement nommé “Cross”). Sur cet opus c’est bien simple, chaque titre donne l’envie irrésistible de danser !

Créer un album c’est une chose. Partir en tournée c’est lui donner une seconde vie. Les deux Frenchies emportent alors quelques caméras et un peu de matos son lors de leur tournée aux States, histoire de ramener quelques souvenirs.
A Cross The Universe sort alors en 2008. Un documentaire 
extravagant qui retrace leurs folles épopées du pays où des milliardaires azimutés deviennent Président. Si si je vous jure.

Phantom Pt.II réarrangée, et de quelle manière ! De l’électro résolument rock. Le tempo live est légèrement plus élevé que sur l’album.
Ça me rappelle la façon dont certains groupes de punk, les Ramones notamment, accéléraient leurs morceaux en live.

Même si je ne m’étends pas sur le documentaire/album live qu’est A Cross The Universe, je vous invite grandement à le visionner. On y apprend beaucoup sur le groupe, on prend parfois peur (leur manager de l’époque est un fan des armes à feu), on rigole et surtout, on en prend plein les oreilles !
Leur concert à San Francisco a d’ailleurs été enregistré dans son intégralité pour en faire un album live, une sorte de Alive 2008 version Justice ! Il est désormais temps de passer à la musique, parfois pas très catholique, du groupe à la croix.

Si vous avez une heure à perdre, vous pouvez cliquez sur la vidéo au dessus. On se détend, et en arrière s’il vous plait !

La musique de Justice

La dimension internationale du phénomène Justice est arrivée si rapidement qu’on peut réellement parler d’une success story. Cet attrait important de la part d’un public grandissant est sûrement dû au côté neuf de leur musique. Défini comme de la French Touch 2.0 (French Kiss), du rock électronique, ou encore de la synthpop, Justice se présente en groupe hybride et a su se renouveler au fil des années.

Ne pas vouloir entrer dans une case dès le départ, voilà leur force. Xavier et Gaspard sont de vraies encyclopédies musicales sur pattes, s’inspirent de tout et avouent même ne pas venir de la mouvance techno. Ils n’écoutaient d’ailleurs quasiment pas d’électro avant de se mettre à la MAO. Voici donc un petit tour d’horizon de la musique de Justice.

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Les trois opus de Justice. Une croix, leur symbole, règne sur la cover de chaque album. ©: https://www.facebook.com/etjusticepourtous

Un vrai duo

Ces deux là forment un VRAI duo. Justice, c’est des morceaux toujours écrits ensemble. Le chiffre 2 en musique vous fait passer de l’artiste au groupe, et être deux revient à ne plus être seul (sans blague ?).


Ce que je veux dire par là, c’est que la relation qu’entretiennent Gaspard et Xavier semble vraiment intime. Lorsqu’on écoute un titre de Justice, on peut imaginer qu’il est l’oeuvre d’un duo avant même de voir leurs têtes et d’y coller un visage et un nom.

Ils composent le plus souvent dans leur cave parisienne ou en appartement. Cette méthode diffère totalement des gros studios parfois impersonnels, où l’on se croirait presque dans un taxi. Plus le trajet est long et plus le compteur défile, ce qui coûte cher à l’arrivée.
Entre nous, le portefeuille de Justice n’est pas troué, mais la productivité et le rendement qui règnent dans ces studios
 biaisent le travail des artistes, qui se doivent d’arriver en enregistrement armés et métronomés.

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En gros, un home studio de Justice, ça ressemble à ça.
©: www.attackmagazine.com

Dans les faits, le travail de composition démarre avec une mise à plat piano-basse ou basse-guitare. Une fois la base élaborée, direction le bidouillage numérique et la production. Je ne vous apprends rien, l’ordinateur et les logiciels de production musicale offrent des possibilités presque infinies, toujours faut-il avoir la créativité et le talent pour exploiter tout cela.

Xavier et Gaspard prennent donc leur temps. 4 longues années d’attente pour un second opus (2011) et 5 ans pour le troisième… Ça peut paraitre long, mais n’oublions pas que Justice tourne beaucoup, notamment en club, ce qui leur laisse parfois peu de temps pour composer et produire de nouvelles tracks.
Ils arrivent toujours à se positionner là où on ne les attend pas, tout en gardant leur son. Une patte reconnaissable qu’on va donc étudier de plus près.

Au style immédiatement identifiable

À la base, Justice se rapproche plus de la musique électronique distordue que d’autre chose, un peu comme Boyz Noize, Surkin ou Tennage Bad Girl. Mais plus on écoute plus on déniche leurs influences.

Justice, c’est une balance qui se tient en équilibre, s’inspirant à droite à gauche de courants précis et affirmés.
Les deux principaux sont clairement le disco et le heavy metal. Décryptage.

  • Côté heavy metal, on retrouve la basse rythmique et surtout l’énergie ! Des guitares bien rock et saturées se fondent dans un ensemble plutôt groovy. La batterie, quant à elle, est lourde et minimaliste.
    Du « poum tchak » et « poum poum tchack » pour faire danser, c’est ça le secret.
  • Côté Disco, c’est clairement la basse et les synthétiseurs, pour la plupart d’époque. Le duo français aime autant travailler l’analogique que le numérique, et ça se ressent. Les lignes de basses font écho à Giorgio Moroder. L’utilisation récurrente du slap (technique de jeu percussive funk utilisée, entre autre par Larry Graham et Marcus Miller) fait aussi partie de leur marque de fabrique.

À ces deux courants, nous pourrions rajouter les années 80. En première ligne, une cascade de synthétiseurs rétro-futuristes utilisés notamment sur leur dernier album Woman, sorti le 18 novembre dernier. La pop est également présente dans les titres les plus récents.

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Justice et leur fameuse croix sur la scène du festival Coachella en 2012 ©: Jason Persse

Mettons de côté Cross (2007), et avançons jusqu’en 2011 pour parler un peu d’Audio Vidéo Disco, le deuxième album de Justice.
La patte reste certes identique, mais cet opus tourne clairement autour d’un instrument : la guitare ! On y retrouve entre autre des riffs à gogo empruntés au heavy et au rock progressif.
Cet album a été dans l’ensemble moins bien reçu par la critique. Et oui, on ne le répètera jamais assez, le deuxième album d’un groupe représente souvent LE tournant pour une carrière musicale. En gros, ça passe ou ça casse. Mais avec des morceaux comme New Lands, ça ne peut que passer.

Hormis le joli placement de produit d’une marque pseudo énergisante aux propriétés infarctusantes, tout est réussi. À 2min30sec, un changement de rythme génialissime vient relancer le morceau. Il me rappelle clairement les structures de certains groupes pionniers du heavy, Led Zeppelin par exemple.

Pour aimer Justice, il faut également aimer les pêches. Ce fruit estival est certes fort goutu, mais pas au point que j’en parle dans l’article ! La « pêche » désigne ici la percussion apportée par des marquages rythmiques, le plus souvent à la batterie.
Je saaaaaais, Justice c’est des disc-jockeys, il y a pas de batterie en live, ils sont derrière une console et ils en foutent pas une, etc…
Malgré la rumeur basée sur une unique photo qui les désignait comme amoureux du playback, je pense personnellement qu’il y a un vrai travail musical derrière toutes ces consoles, et que la plupart de leurs shows sont joués en live.

La fameuse photo polémique... Justice a communiqué sur cette photo la postant sur son Myspace avec la légende "Justice Unplugged". ©: musicradar.com
La fameuse photo polémique… On y voit Gaspard (l’homme au tattoo) jouer sur console une débranchée… À l’époque, Justice a intelligemment communiqué sur cette photo. Ils l’ont posté sur leur Myspace avec la légende “Justice Unplugged”. ©: musicradar.com

Des pêches, il y en a un peu partout. Voici un extrait qui va contribuer à vos 5 fruits et légumes journaliers !

Dans Canon, les breaks viennent sublimer une mélodie très fournie tout cassant le rythme, ce qui donne de chouettes respirations au morceau.

Dix années de carrière plus tard, le groupe prend un virage. D’abord vestimentaire, puisque leurs perfectos noirs ont laissé place à des bombers colorés, mais surtout musical. Woman est tout juste sorti le 18 novembre et il est un melting pot d’amour et d’eau fraiche.

Woman

Leur premier album ne fut pas le fruit d’une grande réflexion mais respirait la spontanéité. Leur musique a évolué, leurs âges respectifs aussi. Il est logique de ne pas faire la même chose à 22 ans et 34 ans.


Entièrement enregistré et produit à Paris en home made, cet album représente le virage de la maturité. Woman est une création réfléchie, et plus riche dans le son que ses prédécesseurs.

Safe and Sound, Woman, 2016

Safe and Sound est la communion d’une basse funky, d’un synthé qui transpire le disco, et d’une ambiance chorale qui rappellerait presque nos chers Pink Floyd et leur hymne Another Brick In The Wall .
Premier titre dévoilé par le groupe en début d’été, il présageait déjà d’un album où la pop est reine et les bonnes ondes princesses. Gaspard exprime dans Le Monde leur volonté de communier autour de la joie telle qu’on la retrouve dans les messes d’Harlem.

La ligne éditoriale fantasmée était de s’approcher d’une certaine idée que nous nous faisons du gospel.

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Ils lisent même à deux, un vrai couple ! ©: metamusique.fr

Comme dirait notre copain Mouloud Achour « À l’époque, Justice faisait de la musique de mecs qui faisaient danser les filles, maintenant on est plus sur de la musique de fille qui fait danser les mecs » .
Malgré ce coming out, Woman reste du Justice dans le son. Il y a plus de sensualité, d’allégresse, de progressivité dans les morceaux et même parfois un poil de psychédélisme !
L’époque où Water Of Nazareth ravageait les tympans semble révolue, ce qui n’empêche pas pour autant Woman d’être plural. Cet opus est un mélange, un brassage incessant de romantisme et d’une forme de violence.

La fièvre tourbillonnante du clubber qui a pris le verre de trop. Ici, les synthétiseurs de Giorgio Moroder alternent avec des breaks plus sombres (qui rappellent les sons de Cross) : « Alakazam !» est un titre à l’image de son clip. Ce même clip est à l’image de son titre. (Les maths ça me connait).

L’instant j’ouvre mon petit coeur

Cette fois ci encore, je bouscule mes habitudes et vous livre non pas un, mais bien deux titres “coup de coeur”. Deux, comme les membres de Justice et deux, comme les facettes de ce groupe que j’affectionne.

Stress, Cross (2007)

Stress, c’est la controverse, celle qui aurait pu devenir le talon d’Achille des deux gaillards pour toute leur carrière. Le problème ne vient pas du morceau mais bien du clip et de son interprétation.
À sa sortie, Xavier et Gaspard n’avaient pas prévus une vague de réactions d’une si grande ampleur. Je ne me lancerai pas dans une interprétation du clip, mais laissez moi vous dire qu’il n’est pas à prendre au premier degré, et que la plupart des interprétations médiatiques de l’époque relevaient plus du jugement hâtif que de l’analyse.
Stress est une parenthèse dans leur premier album qui plonge l’auditeur dans une anxiété longue de 6 minutes. Rien que pour ça, chapeau bas.

Randy, Woman (2016)

Un joli melting pot ! Randy débute par un break et une phase bien électro aux accents Daft Punkiens.
La voix de Morgan Phalen (le même chanteur que l’extrait New Lands présenté plus haut) et les synthétiseurs viennent ensuite apporter la mélodie et la pop au morceau. Si j’ai choisi cet extrait, c’est que son air me reste plus en tête que celui des autres titres de l’album, tout simplement !

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Je veux la même veste ! © dazeddigital.com

Il est temps de conclure

Vous remarquerez que je n’ai pratiquement pas mentionné « les deux bonhommes au casque » dans cet article. Justice a souvent été comparé et annoncé comme le « nouveau Daft Punk ».


Étant donné leur musique, les comparaisons sont légitimes mais parfois trop insistantes, voire dégradantes pour leur image. Je ne voulais pas en rajouter une couche, ni alimenter ce genre de propos que je ne partage pas. Le duo Justice intrigue et fascine par l’image qu’il cultive.

Conséquence, Xavier et Gaspard s’attirent les éloges et les foudres de certains qui vont même jusqu’à dire que Daft Punk seraient les réels compositeurs de Justice, et Justice de simple Disc-Jokeys interprètes.
S’il vous plait, n’enlevons rien à leur talent ni à leur travail, et ne mélangeons pas tout (comme Jean Luc) : bref, que Justice soit faite !

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