Bleu de Paname, le workwear authentique et responsable

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On continue notre quête des meilleures marques de mode masculine, avec une marque qui a connu une jolie croissance ces dernières années, dans la même veine que Bleu de Chauffe. La ressemblance est d’autant plus grande que Bleu de Paname a un nom presque similaire, qu’elle a pour philosophie de produire en France, et enfin qu’elle est franchement très cool. Trêve de mots, cessons les palabres, entrons dans le vif du sujet.

Qui sont les fondateurs de Bleu de Paname ?

Vous commencez à avoir l’habitude de nos articles, avant d’émettre un avis sur une marque, il faut la connaitre. Connaitre son histoire, mais aussi l’histoire de son ou ses créateurs. Car ce sont eux qui ont couvé la marque, qui l’ont créée, qui lui ont insufflé leurs valeurs. Et je fais partie de ceux qui pensent que l’œuvre et la vie d’une personne doivent faire partie d’une même entité. Faisons donc connaissance avec Christophe Lépine et Thomas Giorgetti.

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Allé, zou ! Rencontrons Thomas et Christophe ! Crédits : Bleu de Paname

Christophe Lépine, le multitâches

Sa première vie

Christophe est né en 1978 à Verrières-le-Buisson, en banlieue sud de Paris. Et c’est d’ailleurs pendant son enfance qu’il rencontre Thomas, son futur associé. Quand je parle dans le titre de première vie, je ne parle pas de son enfance, sur laquelle on a peu d’informations, mais plutôt sur ses premières armes qu’il a faites dans le domaine de la maintenance de bâtiment pour le ministère de l’agriculture ! C’est vrai que c’est difficile de croire qu’un gars de ce milieu professionnel se soit orienté des années plus tard vers la création d’une des meilleures marques de mode française. Et c’est exactement ça qui en fait une marque intéressante, profonde et riche de la vie de ses créateurs.

hollande salon de l'agriculture
Moi président, je caresserai le museau des vaches au salon de l’agriculture ! Crédits : Paris Match

En plus il aimait la mécanique, donc il avait tout pour faire une marque qui me plaise ! Après son expérience dans la maintenance, il décide de s’orienter vers les ventes, et atterrit dans les milieux industriels, à vendre des systèmes électriques, à des entreprises, des hôpitaux, des usines agroalimentaires. Ce qui l’a probablement amené à développer des relations avec les industriels et à connaitre ce milieu.

Son intérêt pour la mode masculine

Parallèlement à tout ça, il développe un amour pour le sportswear vintage et les sneakers. Il est attiré par l’aspect technique, les jerseys vintages, et les tendances qui s’exprimaient entre les années 50 et 90. Un amour qui lui vaudra cette obsession de collectionner tout ce qu’il trouvait dans l’univers du sportswear vintage et des sneakers. En plus de ça, il trainait avec Thomas Giorgetti (son futur associé si vous vous souvenez bien, et ami d’enfance), qui graffait avec sa bande et était particulièrement inscrit dans les débuts du sportswear. Le sportswear porté à la ville était alors un style qui faisait beaucoup moins l’unanimité qu’aujourd’hui et qui était dans la plus pure spontanéité, point de calcul à l’horizon.

sneakers
Quelques exemples de sneakers qu’il devait bien aimer

Sa vie dans le milieu de la mode masculine

Puis Christophe rencontre Seiichiro Shimamura, un franco-japonais à la tête de 0044, une marque de vintage et de prêt-à-porter. Il ne lui en faut pas plus pour le convaincre de l’embaucher. Il devient assistant de production dans cette marque composée seulement de japonais, et parcourt l’Europe pour partir à la chasse des pièces d’exception. Il cherche des pièces sportswear, militaires et workwear, avec un budget quasi illimité. Il développe alors une capacité à déceler les bonnes pièces, et bâtit une relation avec ces produits.

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La boutique de 0044, en 2012. Une belle offre de chaussures s’il en est.

En 2004 il devient manager du département « Énergie et tendances » de Nike, pour fournir les shops partout en France avec ce qui se fait de mieux aux USA. Enfin, arrive 2009 et la grande vague de licenciement chez Nike. Ça coïncide avec son désir de découvrir de nouveaux horizons, de changer la scène de la mode masculine, et de faire quelque chose avec le workwear français, concept qui n’existait pas à l’époque. C’est alors qu’il crée Bleu de Paname en 2009, avec son pote de toujours Thomas Giorgetti.

Thomas Giorgetti, l’artiste

Sa vie de graffeur

Avant de devenir co-fondateur de la marque Bleu de Paname, Thomas Giorgetti s’est illlustré en tant que graffeur. Il entre en effet dans ce monde alors qu’il est encore ado et découvre une approche de la vie artistique, faite de graffs et d’illégalité. Avec le temps il grandit, décroche un master en arts graphiques mais ne laisse pour autant pas tomber sa passion pour le graff, et continue de bomber partout il peut.

Jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter en 2002 par la police durant un opération massive d’arrestations. Ce petit contretemps le place sous contrôle judiciaire et lui impose de se calmer, même s’il ne s’arrête pas totalement. Le milieu dans lequel il vit le plonge dans cette culture très portée sur la sape et la musique, (un univers de rêve pour Hans ! même s’il ne sait toujours pas graffer, il s’en revendique). Pour en revenir à Thomas, il tombe tellement amoureux du streetwear qu’il devient un sneakerhead renommé.

Le passage vers le côté lumineux de la force

Toujours sous contrôle judiciaire, Thomas trouve un moyen de vivre sa passion pour le graff dans la légalité, en écrivant pour le magazine Radikal et en lançant son propre fanzine (un magazine amateur quoi) nommé Guerilla Urbaine. En plus de ça il lance un autre magazine dédié aux sneakers, qu’il appelle Lil’ Tyler, et collabore notamment avec Clark, Zurban et le magazine l’Officiel. Une vie bien remplie et entièrement légale. Une première pour lui !

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Une couverture de Radikal, plutôt appétissante ! Crédits : Rapzines
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Des couvertures de Lil’ Tyler, tout aussi appétissantes. Crédits : uglymely

Voyant la difficulté de certaines marques de modes à collaborer avec l’industrie des sneakers, Thomas flaire le bon filon et devient consultant pour ces marques, en aidant les deux industries à aller dans la même direction. Sa vie professionnelle riche lui permet de gagner sans cesse en expérience du terrain, en gardant comme carburant son amour pour les vêtements, la culture et l’art. Et ce n’est pas fini, puisqu’il collabore pour le documentaire de Thibault de Logeville « Just For Kicks » qui parle, je vous le donne en mille, de sneakers.

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Crédits : eukicks

Mais c’est pas fini…

Eh oui, il ne s’est pas arrêté là. Il a en effet cofondé le lab shop ADN SNKR, qui vend… des sneakers. Il développe aussi le premier blog de Nike, « The Daily SNKR », grâce auquel il gagne le prix CB News en 2004. Un parcours qui lui vaut une solide réputation dans le milieu de la sneaker et fait sonner souvent son portable, à cause d’appels de marques telles qu’Adidas, Puma et Asics qui désirent le faire participer à la créations de baskets.

adidas yeezy
Il aurait pu côtoyer le Yeezus pendant les creative briefs chez Adidas

Enfin, point d’orgue de sa carrière d’avant Bleu de Paname, il devient en 2007 éditeur en chef du magazine Spray. Il est alors au cœur même du marché du textile, mais après quelques années rêve d’autre chose. Il aimerait créer sa marque. Vous connaissez la fin de l’histoire, il crée Bleu de Paname avec son pote d’enfance Christophe, et la vie, ses hasards et ses chances ont fait le reste.

L’histoire de Bleu de Paname

Les débuts de la marque

Au commencement, il y avait ces deux hommes. Qui eurent l’idée de lancer une marque. Secrète. Quand la marque est lancée en 2009, Christophe est toujours chez Nike et Thomas bosse toujours dans le milieu de la presse mode. L’idée leur vient en 2008 d’une marque qui ne proposerait qu’un monoproduit, basé sur le jean en proposant le vrai workwear français. C’est-à-dire le vrai vêtement de travail français revisité. L’idée est d’autant meilleure qu’en 2008 le workwear et le made in France ne sont que des embryons d’idées, loin d’être tendances.

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Le workwear des familles !

Ils se plongent alors dans un travail de recherches, comme tout bon designer qui se respecte. Ils s’inspirent alors de ce qui se trouve dans leur vestiaire, de leurs lectures, des vestiaires de leurs grands-parents, des habits traditionnels. Par exemple la famille de Christophe comptait des propriétaires de stations-services et des travailleurs de l’industrie textile. Ces influences mélangées avec leur sensibilité accouchent d’une collection à l’opposé du fast retailing à la mode à l’époque : il y a peu de produits, autant en quantité qu’en nombre de références. Le nom Bleu de Paname est pris en référence probablement à Boogie Down Productions, un crew célèbre qui fait partie des pionniers du rap US.

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Allé, ciao !

Le succès immédiat et toujours croissant

La marque est enfin lancée le 4 janvier 2009, avec un teaser publié en ligne. Grâce au réseau de Thomas constitué de nombre d’acteurs de la presse masculine, la vidéo est relayée massivement et la marque se fait connaitre en 2 secondes et demie. La collection est constituée de 8 pièces. On y compte la pièce phare qui n’est autre qu’une veste de comptoir, quatre chemises et trois pantalons. Leur souhait était de retrouver le tissu Moleskine d’antan, aussi durable que beau, qui représentait des valeurs bien opposées à ce qui se faisait à l’époque.


Bleu de Paname par Bleu-de-Paname

Le succès est retentissant et la collection s’écoule très rapidement. Un lancement qui fait probablement des déclencheurs de la tendance du retour aux sources, via ce workwear authentique et ces matières de qualité. Tout est à peu près nouveau : le made in France, le workwear français, la collection confidentielle en petite quantité, la couleur bleue à toutes les sauces. Et pourtant les résultats sont là, et persistent.

avis bleu de paname
Du bleu, du bleu, du bleu !

Le savoir-faire au service du consommateur

Depuis ce jour, Bleu de Paname garde son ADN précieusement, imperméable à toutes les tentations bas de gamme. En guise de fil rouge, la veste de comptoir en Moleskine est tous les ans reproduite, travaillée à nouveau, amenée à évoluer, et représente le cœur de l’offre de Bleu de Paname. Ils ne sont d’ailleurs pas étrangers au renouveau du tissu Moleskine français, qui est aujourd’hui le tissu de quelques uns de leurs pantalons, vestes, blousons et parkas. Ou comment réveiller un savoir-faire ancestral et local en utilisant l’éducation à la qualité pour focaliser le pouvoir d’achat sur les bonnes choses.

veste de comptoir bleu de paname
La veste de comptoir, toujours d’actualité ! Cliquez-ici ou sur l’image pour accéder à sa page produit.

Bleu de Paname a su collaborer avec ceux qui possédaient la technique, les vieux de la vieille qui croyaient perdue leur spécialité. Ils travaillent aujourd’hui avec une dizaine d’entreprises qui s’occupent de la fabrication des tissus, plus 6 autres qui produisent les vêtements. Si bien qu’en 2014, la marque produit 10 fois plus de pièces qu’à ses débuts, soit 35000. Pas dégueux !

Nos coups de cœur

Le treillis italien

treillis italien bleu de paname
Cliquez-ici ou sur l’image pour y accéder.

Bon ben comme d’hab, dès que je regarde une marque, il faut qu’il y ait un pantalon cargo qui me plaise. C’est vrai que la praticité de ces pantalons, leur silhouette et le confort qu’ils offrent sont incroyables. Le cargo est donc en laine, bien épaisse, d’une couleur sable pas franchement moche, avec de nombreux petits détails agréables. Commençons par les poches. Au nombre de 6, dont deux latérales qui paraissent particulièrement grandes, on devrait pas avoir de problèmes pour ranger le portefeuille, les clés, et toutes ces conneries qu’on doit avoir sans cesse sur soi.

On remarque d’ailleurs le positionnement des poches de devant, qui parait assez peu banal. Au lieu de se trouver au niveau de l’extérieur de la cuisse, comme ça se fait normalement, elles sont décalées sur le devant des cuisses. A voir, difficile de se faire un avis, mais on peut d’ores et déjà se dire qu’on ne pourra pas mettre nos mains dans nos poches nonchalamment. Par contre, le détail qui fait la différence, outre la coupe large qui promet du confort, sont les renforts sont mis au niveau des genou, pour éviter toute usure prématurée. C’est malin, et en plus c’est assez esthétique.

treillis italien
Les grandes poches latérales nous attisent. Cliquez-ici ou sur l’image pour y accéder.

Enfin, le juge de paix : le prix. On est sur 160€. C’est dans la norme pour ce genre de qualité. On peut même dire que c’est dans la fourchette basse, ce qui prouve qu’on peut fabriquer en France sans non plus faire payer plusieurs centaines d’euros pour chaque cm carré de tissu. Néanmoins ça reste un prix relativement élevé, avec un design peu conventionnel. Ça ne fait donc pas partie des basiques que tout un chacun se doit de posséder, mais plutôt des coups de cœur non nécessaires mais qui comptent sentimentalement.

La veste chauffagiste

veste chauffagiste bleu de paname le melting potes
La simplicité. Cliquez-ici ou sur l’image pour y accéder.

Celle-là par contre est déjà plus conventionnelle. Une veste rayée, claire, pour se parer contre les fraicheurs printanières et automnales, ou pour résister aux embruns marins les soirs d’été. Tout réside dans sa simplicité. Quatre poches, dont deux plaquées à la poitrine, et deux poches fendues au niveau du ventre pour mettre ses mains au chaud. Tout est bien fait sur cette veste, le col tombe bien, n’est pas trop long. La veste n’est d’ailleurs pas doublée, ce qui assure en été une respirabilité optimale pour éviter de suer comme un pauvre bonhomme de neige qu’on aurait mis sur un radiateur.

veste chauffagiste
L’intérieur simple, pas de doublure. Cliquez-ici ou sur l’image pour y accéder.

A nouveau, parlons de la douloureuse : le prix. Pas si douloureux dans ce cas, puisqu’il est à 155€, un prix raisonnable pour une veste demi-saison en coton. C’est un bon compromis entre simplicité et élégance, workwear et décontracté, qui s’intègre assez facilement dans un vestiaire d’homme raisonnable.

Notre avis, pour conclure

Avant toute parole, je rappelle qu’un vestiaire d’homme raisonnable se doit de véhiculer des valeurs de modestie et de respect. Le nombre de vêtements, leur prix, leur fonctionnalité doit s’intégrer dans le mode de vie sans être un vecteur de richesse ostentatoire. Il est bon de comprendre l’impact du vêtement sur la nature et sur les populations. On préfèrera un vêtement conçu et produit dans le respect de la nature et des hommes (ceux qui les portent autant que ceux qui les font). Ainsi, le vêtement et l’habillement sont une discipline riche en questionnements qui gagnerait à être moins vue comme superficielle et seulement fonctionnelle. Quand on s’habille on porte une culture qu’on affiche aux autres. Elle peut agresser, caresser, interpeller, dérouter, questionner, séduire. Mais elle n’est jamais neutre.

bleu de paname
Du bleu, toujours du bleu.

Bleu de Paname fait partie des marques conscientes de tout ce système autour du vêtement, et qui tachent de l’impacter en cohérence avec leurs valeurs. Comme dit Aristote, on fait rarement le mal par choix, mais plutôt par ignorance. C’est pourquoi il faut s’éduquer à tout ce sur quoi on agit, pour comprendre la globalité de notre impact. Si vous vous sentez en harmonie avec le style workwear français de Bleu de Paname, que ces pièces vous font ressentir les valeurs authentiques du travailleur, si vous souhaitez contribuer à la santé économique d’une marque qui fait le maximum pour être capable de se regarder dans le miroir, alors foncez. Et ce ne sont pas quelques dizaines d’euros qui peuvent être une excuse. S’habiller chez H&M et Zara a un prix bien plus grand que vous ne l’imaginez.

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